GeekSusie

Ils Attendaient Que Je Sois PrĂȘte

À seize ans,
je portais mon secret
comme on porte une valise trop lourde
pour un seul cœur.

Je savais ce que cela pouvait coûter.
J’avais vu une amie
quitter sa maison avec des yeux brûlés de larmes,
son prénom encore chaud
dans la bouche de parents devenus étrangers.
L’amour, soudain soumis à conditions.

Alors j’ai appris la peur.
La peur de dire vrai.
La peur que la vérité
puisse me laisser sans toit,
sans racines.

Quand je leur ai parlé,
ma voix tremblait plus que mes mains.
Je croyais annoncer une faute,
une déception,
un départ forcé.

Mais ils ont écouté.
Vraiment.
Sans colère.
Sans reproche.

Ils ont souri —
ce sourire calme de ceux
qui savent déjà.
Ils m’ont dit :
« On le savait.
On attendait que tu sois prête. »

Attendre.
Quel mot immense.
Pas surveiller.
Pas corriger.
Juste faire confiance
au temps et à mon courage.

Puis cette question,
posée comme un cadeau :
« Si tu veux,
on connaît une amie,
elle est lesbienne.
Peut-être qu’elle pourrait te parler,
si tu en ressens le besoin. »

Je n’en revenais pas.
Mon avenir n’était pas toléré —
il était accueilli.

Aujourd’hui,
en regardant les blessures laissées
chez tant d’autres,
les cris, les silences, les ruptures,
je mesure la chance que j’ai eue.

Tout le monde n’a pas été cru.
Tout le monde n’a pas été attendu.
Tout le monde n’a pas été aimé sans condition.

Moi, si.
Et cette douceur-là,
je la porte encore,
comme une promesse
faite à l’adolescente que j’étais.

© Susie Stiles-Wolf