GeekSusie

La femme sans armure

Chaque année, quand septembre respire
l’odeur des crayons neufs et du café tiède,
elle frappe doucement à la porte de mon bureau :
« Tu poserais encore pour nous ? »

Je souris.
Je ferme mon portable,
j’éteins les routeurs dans ma tête,
je laisse derrière moi les câbles,
les tickets,
les alarmes du réseau.

Et je redeviens simplement
un corps.

Dans l’atelier, la lumière est honnête,
sans jugement.
Les chevalets m’entourent
comme une forêt calme.

Je retire mes vêtements
comme on retire une armure.

Ma peau respire.

Au début, c’est le froid —
puis la chaleur des regards,
pas lourds,
pas avides,
juste curieux, respectueux,
comme si j’étais un paysage.

Une épaule, une hanche,
l’ombre d’un sein,
la ligne de mes cuisses —
je deviens forme, courbe, histoire.

Je ne suis plus l’ingénieure réseau,
ni la collègue pressée,
ni la femme qui court entre mille urgences.

Je suis vivante.
Présente.
Libre.

Et quelque chose en moi frissonne,
une petite étincelle secrète,
un plaisir doux d’être vue sans masque,
d’exister sans tissu entre moi et le monde.

Quand l’étudiante passe à mon bureau
pour dire merci,
me demande pourquoi je reviens chaque année,

je ris doucement :

« Parce que ça me rappelle que mon corps est à moi.
Parce que l’art mérite le courage.
Et parce qu’être nue, là-bas,
ça allume en moi une chaleur tranquille…
une joie intime que je ne trouve nulle part ailleurs. »

Puis je retourne à mes serveurs,
avec sous la peau
encore la lumière de l’atelier,
comme un secret qui brille.

© Susie Stiles-Wolf