GeekSusie

Avant même que je le dise

À dix-sept ans, j\'avais dans le cœur
Un secret plus lourd que mes valises.
Je quittais la maison pour quelques semaines,
Direction Strasbourg et ses ruelles grises.

Chez Mamie, le temps semblait plus doux,
Les journées coulaient comme le Rhin.
Je croyais cacher ce que j\'étais,
Le gardant serré entre mes mains.

Puis un après-midi sans prévenir,
Alors que le soleil baignait le jardin,
Elle me regarda avec tendresse
Et posa simplement sa main dans la mienne.

« Dis-moi, ma chérie,
As-tu déjà dit à tes parents
Que tu es lesbienne ? »

Mon souffle s\'arrêta net.
Mon cœur manqua un battement.
Je restai figée, bouche ouverte,
Sans trouver le moindre mot pourtant.

« Comment le sais-tu ? » demandai-je enfin,
Rouge de surprise et de confusion.
Elle sourit de ce sourire tranquille
Qui calme toutes les tempêtes du monde.

« Je le sais parce que je te connais.
Parce que je te regarde vivre.
Parce que l\'amour n\'a jamais été un secret
Pour ceux qui savent vraiment voir. »

Puis elle ajouta doucement :
« Et je suis certaine que ta mère le sait aussi.
Elle ne me l\'a jamais dit,
Mais une maman sent ces choses-là dans la vie. »

Ses mots ne portaient aucun jugement,
Aucune crainte, aucune peine.
Seulement l\'amour immense d\'une grand-mère
Qui parlait toujours avec son âme sereine.

Lorsque l\'été prit fin,
Je repris l\'avion vers la maison.
Le secret semblait moins lourd désormais,
Comme porté par sa bénédiction.

Quelques jours plus tard, le cœur battant,
Je m\'assis devant mes parents.
Les mains tremblantes, la voix fragile,
Je leur révélai enfin ce que j\'étais vraiment.

Ils échangèrent un sourire attendri.

« Nous le savions déjà, ma chérie. »

Ces mots firent tomber d\'un coup
Des années de peur et de soucis.

« Nous attendions simplement
Que tu sois prête à nous le dire.
Nous t\'aimons aujourd\'hui comme hier,
Et nous t\'aimerons toute notre vie. »

Alors je compris ce jour-là
Que l\'amour véritable ne demande rien.
Il ouvre ses bras avant même les mots,
Et reconnaît notre cœur comme le sien.

Je pense souvent à cet été-là,
À Strasbourg, à Mamie, à son regard.
Elle avait vu la vérité en moi
Bien avant que j\'aie le courage de la voir.

© Susie Stiles-Wolf