Wild Horses killing

noahguernot

 

 

J’étais dans un bus scolaire, au beau milieu d’une parade routière. Le chauffeur a dépassé le carnaval pour revenir sur l’autoroute. Tout le monde chahutait, ils ne voyaient pas ce qui se passait, ou alors c’était moi qui délirait. Partout, sur le bord des voies, je constatais un amoncellement de cadavres de chevaux : coupés, démembrés, éventrés, empalés sur des grillages, brûlés.

           

Il m’a lâché à mon arrêt. En descendant, je me suis retrouvée près d’un champ de blé à perte de vue. Plus loin, au cœur de la plantation, un homme tirait avec sa carabine sur des vautours, ou d’autres oiseaux charognards. Je me suis approchée, comme toujours le danger a fini par m’attirer.

           

L’homme défendait, debout au centre d’un cercle de blé écrasé et piétiné, de nouveaux cadavres de chevaux. Des mustangs, rouans, pie toveros, isabelles, aubères, alezans, palominos, tous étendus à ses pieds bottés. Les balles usées de la carabine tombaient au sol dans un tintement presque apaisant.

 

Il m’a vu, bien sûr, mais il n’a rien dit. Pas un mot. Je me suis accroupie à ses pieds pour caresser un Appaloosa encore vivant. Sa respiration était pénible mais encore assez vigoureuse pour soulever sa cage thoracique. Tout en caressant son encolure, j’ai croisé ses grands yeux noirs innocents. Les heures ont passé et l’ombre de l’homme a fini par se dresser sur moi. Avec son chapeau de cowboy, il m’a prévenu par un regard bref. J’ai embrassé le front du mourant avant qu’il ne me donne le fusil. Je l’ai abattu d’une balle dans le crâne, en prenant soin de détourner le regard. Son sang était bleu comme le téléphone posé dans la cuisine de ma mère.



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