Ils ont dressé des cartes du brouillard
et nous les ont vendues
comme des chemins vers la vérité.
À chaque carrefour,
un nouvel oracle apparaît,
le visage éclairé par un écran,
la voix chargée de certitudes,
prêt à nous révéler
qui craindre,
qui haïr,
et pourquoi demain
sera pire qu’hier.
Nous les écoutons
parce que la peur parle fort
et que la sagesse
n’élève presque jamais la voix.
Nous avons confondu l’intelligence
avec l’art de blesser,
la lucidité avec le mépris,
et la liberté de penser
avec le refus de croire
en quoi que ce soit.
Celui qui espère devient naïf.
Celui qui pardonne devient faible.
Celui qui hésite avant de condamner
est accusé de ne rien comprendre.
Alors nous élevons des murs
avec des mots,
nous lançons nos jugements
comme des pierres,
et nous appelons cela
un débat.
Pourtant, loin du vacarme,
une vieille femme partage son pain.
Un homme s’arrête sous la pluie
pour aider un inconnu.
Un enfant demande pourquoi
les frontières existent
si le ciel ne les connaît pas.
Personne ne les invite
à parler devant les caméras.
Leurs gestes sont trop simples
pour devenir des slogans
et trop vrais
pour avoir besoin d’applaudissements.
Peut-être que la sagesse demeure là,
dans ces actes sans témoins,
dans cette bonté qui persiste
sans demander si le monde
la mérite encore.
Le doute aussi peut être humble.
Il peut ouvrir une fenêtre,
faire entrer un peu d’air
dans une pièce saturée de certitudes.
Il peut murmurer :
« Et si je me trompais ? »
puis laisser une place
à la voix de l’autre.
Mais le doute qui détruit tout,
qui ricane devant chaque espérance
et transforme chaque lumière
en illusion,
n’est pas la connaissance.
C’est seulement la peur
qui a appris de grands mots.
Je ne veux plus vivre
dans son royaume sans matin.
Je garderai mes questions,
mais je refuserai
qu’elles deviennent des chaînes.
Je chercherai la vérité
sans humilier ceux
qui marchent à mes côtés.
Et lorsque les cartographes du brouillard
m’assureront qu’il n’existe aucune route,
je poserai un pied devant l’autre.
Non parce que je connais le chemin,
mais parce qu’au loin,
derrière le vacarme,
quelqu’un a laissé
une lumière allumée.
© Susie Stiles-Wolf
-
Author:
GeekSusie (
Offline) - Published: September 10th, 2026 16:42
- Category: Sociopolitical
- Views: 1
- In collections: Poèmes en français.

Offline)
To be able to comment and rate this poem, you must be registered. Register here or if you are already registered, login here.