Chaque année, quand septembre respire
l’odeur des crayons neufs et du café tiède,
elle frappe doucement à la porte de mon bureau :
« Tu poserais encore pour nous ? »
Je souris.
Je ferme mon portable,
j’éteins les routeurs dans ma tête,
je laisse derrière moi les câbles,
les tickets,
les alarmes du réseau.
Et je redeviens simplement
un corps.
Dans l’atelier, la lumière est honnête,
sans jugement.
Les chevalets m’entourent
comme une forêt calme.
Je retire mes vêtements
comme on retire une armure.
Ma peau respire.
Au début, c’est le froid —
puis la chaleur des regards,
pas lourds,
pas avides,
juste curieux, respectueux,
comme si j’étais un paysage.
Une épaule, une hanche,
l’ombre d’un sein,
la ligne de mes cuisses —
je deviens forme, courbe, histoire.
Je ne suis plus l’ingénieure réseau,
ni la collègue pressée,
ni la femme qui court entre mille urgences.
Je suis vivante.
Présente.
Libre.
Et quelque chose en moi frissonne,
une petite étincelle secrète,
un plaisir doux d’être vue sans masque,
d’exister sans tissu entre moi et le monde.
Quand l’étudiante passe à mon bureau
pour dire merci,
me demande pourquoi je reviens chaque année,
je ris doucement :
« Parce que ça me rappelle que mon corps est à moi.
Parce que l’art mérite le courage.
Et parce qu’être nue, là-bas,
ça allume en moi une chaleur tranquille…
une joie intime que je ne trouve nulle part ailleurs. »
Puis je retourne à mes serveurs,
avec sous la peau
encore la lumière de l’atelier,
comme un secret qui brille.
© Susie Stiles-Wolf
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Author:
GeekSusie (
Offline) - Published: February 6th, 2026 17:05
- Category: Reflection
- Views: 8
- In collections: Poèmes en français.

Offline)
Comments1
J'aime votre chaleur tranquille. Yves.
Yves,
Comment vas-tu ? Ça fait trop longtemps ! Nous ne nous sommes pas parlé depuis si longtemps ! Tu m'as manqué ! Comment ça va de ton côté ?
Susie
Tout va pour le mieux pour moi Susie. J'aime passer ici de temps en temps pour te lire. Tu me sembles en pleine forme et inspirée. Continue ainsi. A très bientôt. Yves.
Est-ce que tu aimes la poétesse Renée Vivien?
Oui, je connais bien Renée Vivien.
Je me sens proche d’elle, non pas dans la tragédie de sa vie, mais dans son choix d’écrire en français et d’y faire résonner une voix féminine, amoureuse, parfois ardente, parfois mélancolique. Écrire dans cette langue me permet aussi d’explorer des nuances que je ne trouve pas toujours ailleurs — une certaine musique, une sensualité délicate, une intensité retenue.
Si certains de mes poèmes sont saphiques, c’est simplement parce que j’écris à partir de ma propre vie. Mes amours, mes souvenirs, mon quotidien de femme mariée à une femme nourrissent naturellement mes vers. Comme Vivien, je crois que la poésie gagne en vérité lorsqu’elle ose être intime.
Merci beaucoup, Yves, d’avoir pris le temps de passer par ici et de me lire. Cela me touche sincèrement.
Je me sens souvent la plus inspirée après avoir voyagé. Nous visitons l’Europe chaque année, et nous prévoyons de revenir en France encore cette année. Les paysages, les langues, les rencontres nourrissent profondément mon écriture.
Qui sait… peut-être aurons-nous la chance de te croiser pendant notre séjour ? Je crois que ce serait vraiment très amusant et un beau moment à partager.
À très bientôt,
Susie
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